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Une poule y perdrait ses petits si elle osait trainer dans mon grenier. Mais vous contrairement à la poule vous pourrez toujours passer votre temps à lire, en attendant de retrouvez votre chemin...

16 décembre 2006

BANNIÈRE.

BANNIÈRE. Le Cérémonial manuscrit rapporte que la  Bannière est la marque de l’investiture du banneret. Le duc recevait l’investiture par la couronne, le marquis par le rubis qu’il mettait au doigt du milieu, le comte par le diamant, le vicomte par la verge d’or et les barons et les bannerets par la  Bannière. Si les marques d’investiture pour les titres supérieurs à celui de baron sont sujettes à caution, il est certain que pour le banneret il n’existe pas de doute. Car, comme la Bannière est un étendard sous lequel les vassaux se rangeaient pour aller à la guerre, il est évident que toutes les investitures de terres donnant le droit à leurs propriétaires de conduire leurs vassaux à la bataille, se sont toujours faites par la bannière. Dans plusieurs arrêts, les terres à bannières sont nommées feuda vexillorum et les chevaliers milites  vexillati. (Glossarium par du Ducange.  — Dissertation sur les chevaliers bannerets, t.  vii).

             

                La Bannière était aussi une  enseigne servant de guide aux gens de guerre. On la nomme aujourd’hui drapeau. En Espagne, il y avait deux espèces de gentilshommes : ceux de la bannière et ceux de la chaudière. Les premiers levaient  Bannière pour rassembler leurs vassaux. En souvenir de cette prérogative, les plus grandes maisons de Castille, de Léon, d’Aragon et de Navarre ont placé des Bannières dans leur blason. On rencontre, pour le même motif, quelquefois la  Bannière dans les écus portugais. (G.-A. de La Rocque. Traité  de la Noblesse, p. 480.)

             

                La bannière triangulaire apparaît dès l’an 1158,  sur un sceau d’Étienne  Ier, comte de Sancerre. La Bannière carrée se voit dès le xiiie siècle sur  plusieurs sceaux des vicomtes de Turenne et sur ceux de Ferry iii, duc de  Lorraine, en 1316, et de Jean iii, duc de Brabant, en 1341, avec quatre lions. (Douet d’Arcq, Collection de sceaux.)

             

On sait que depuis les rois carlovingiens, il était porté aux armées dans les circonstances les plus graves, l’étendard appelé oriflamme,  oriflambe, lequel était composé d’une étoffe de cendal rouge brodé de flammes d’or. Cet étendard est mentionné dans l’inventaire du trésor de Saint-Denis par les commissaires de la Chambre des Comptes, en 1534. C’était alors « un étendard d’un cendal fort épais, fendu par le milieu (c’est-à-dire à deux queues), en façon d’un gonfanon, fort caduque, enveloppé autour d’un bâton couvert d’un cuivre doré, et un fer longuet aigu au bout. »

             

                Guillaume  de Poitiers, qui écrivait vers la fin du xie siècle, raconte que Guillaume le Conquérant, après son  couronnement, envoya au pape, la Bannière d’Harold, « toute d’un tissu  d’or très pur et portant l’image d’un homme  armé. » Ainsi dès le xe  siècle, il était d’usage de figurer des emblèmes ou signes quelconques sur les Bannières, et il faut à ce  sujet se rappeler qu’avant sa descente  en Angleterre, le pape avait fait don au duc de Normandie, d’une Bannière fort belle, enrichie d’une croix, qui  est représentée sur la célèbre tapisserie de Bayeux.

             

                Les rois de France ne portaient pas seulement  l’oriflamme et la  Bannière bleue fleurdelisée ; ils avaient aussi la Bannière à croix blanche, qui paraît  avoir été adoptée plus  tard. Mais les historiens mentionnent encore d’autres étendards royaux.

             

                Il ne paraît  pas que l’oriflamme ait été portée dans  les armées des rois de France  après le règne de Charles vi. Le dernier historien qui en fasse mention est Juvénal des  Ursins, en 1412. Les  rois de France, outre l’oriflamme, la Bannière d’azur fleurdelisée d’or et la Bannière à croix blanche, faisaient porter la cornette blanche, simple, sans ornements, ni pièces héraldiques. Cette cornette blanche n’est mentionnée qu’à la fin du xve siècle.

             

                Seuls, les princes, les seigneurs suzerains et  chevaliers bannerets faisaient porter devant  eux la Bannière, signe de leur droit féodal.  Cette enseigne était quadrangulaire, avec ou sans queues. Elle était habituellement, à dater du xiie siècle, brodée aux armes du noble ; mais cependant il ne paraît pas qu’il y eût à cet égard des règles absolues, et l’on arborait une Bannière décorée de certains emblèmes en telle circonstance, qui n’était point la reproduction des pièces de l’écu. Les simples chevaliers ne faisaient porter que le pennon, ce qui n’empêchait pas les seigneurs bannerets  d’avoir aussi leur pennon.

             

                Dès le xie siècle, les Bannières à queue étaient  certainement adoptées. Outre la Bannière figurée sur la célèbre tapisserie de Bayeux, sur l’un des chapiteaux de la nef de l’église de Vézelay est représenté un ange qui porte une Bannière  composée d’un morceau d’étoffe  quadrangulaire maintenu par des attaches à la hampe et terminé par quatre  queues arrondies.

             

                Pendant les xiie et xiiie siècles, cet usage persista.  Mais on voit aussi  parfois, vers le milieu du xiiie siècle, des bannières rectangulaires sans queue, composées d’un morceau d’étoffe oblongue dont le grand côté est cloué à la hampe. Cette dernière forme donnée aux Bannières armoriées persiste jusques au commencement du xive siècle. On ne la  voit guère employée à dater du milieu de  ce siècle, et alors on revient aux Bannières carrées, correctement armoriées. C’était le commencement de la période de l’emploi du blason sur les cottes d’armes, les écus, les bannières et pennons, et même sur les vêtements civils de la noblesse.

             

À la bataille de Poitiers, la Bannière du prince de  Galles, portée par un de ses chevaliers, était carrée et écartelée aux 1 et 4 de France ;  aux 2 et 3 d’Angleterre,  ainsi qu’elle est peinte dans  le manuscrit des Chroniques de Froissart, conservé à la Bibliothèque nationale. Une autre vignette du même manuscrit nous montre une Bannière  anglaise à deux longues queues, d’étoffe rouge, sur laquelle est brodé en or un Saint-Georges terrassant le monstre.

             

                Jeanne d’Arc, qui n’était point chevalier banneret,  avait                 néanmoins son étendard,  ce que l’on ne manqua pas de lui                 reprocher. « La  Pucelle print son estendart ouquel estoit                 empainturé Dieu en sa majesté, et de  l’austre costé l’image de                 Nostre-Dame.  » Il est dit, dans le Petit Traicté par manière de croniques, sur le siège d’Orléans, que  c’était le roi Charles vii qui avait fait faire l’étendard remis à la Pucelle. « Et voulut et ordonna qu’elle eust un estendart, auquel par le vouloir d’elle on feist preindre et mettre pour devise : Jhesus  Maria, et un  majesté. »

             

                Il paraîtrait que Jeanne d’Arc changeait parfois d’étendard, suivant les circonstances, car plus loin dans la même chronique, il est dit qu’elle entra à Orléans armée de toutes pièces, montée sur un cheval blanc : « Et faisoit porter devant elle son estendart, qui estoit pareillement blanc, ouquel avoit deux anges tenans chacun une fleur de liz en leur main ; et au panon estoit paincte comme une Annonciation (c’est l’image de Nostre‑Dame ayant devant elle ung ange luy presentant un liz) ». Cet étendard de Jeanne d’Arc était à queue.

             

Le chroniqueur allemand Eberhard de Windecken, trésorier de l’empereur Sigismond, et qui recueillit des documents sur la Pucelle, s’exprime ainsi au sujet de son étendard : «  La jeune fille marchait avec une Bannière qui était faite de soie blanche, et sur laquelle était peint Notre-Seigneur Dieu, assis sur l’arc-en-ciel, montrant ses plaies et ayant de chaque côté un ange qui tenait un lis à la main. » (Viollet-le-Duc).

             

                M.  l’abbé Pie, correspondant du Comité historique des Arts et Monuments de la France, écrivait ceci en juin 1844 : « M. Didron, pages 203 et 204 de l’Iconographie  chrétienne, parlant des attributs caractéristiques du Père éternel, regrette que l’archéologie ne puisse refaire l’étendard de Jeanne d’Arc d’une façon certaine, ni affirmer si la figure tenant le monde dans ses mains était celle du Père ou du Fils. M. Didron incline à croire que c’est celle du Père. Un examen attentif des diverses dépositions relatives à cet étendard ne me permet pas de douter que ce ne soit la représentation du fils du Dieu incarné, Notre-Seigneur Jésus-Christ.

             

Jeanne d’Arc dit successivement :

             
  1. Que sur son étendard était peint Notre-Seigneur, qui y était figuré tenant le  monde. (Interrog. du samedi 17 mars).
  2. Que ses saintes lui  avaient dit de faire mettre sur cet étendard  le Roy du Ciel. (Interrog. du 10 mars).
  3. Que les noms Jhésus Maria  étaient écrits sur le côté de l’étendard.  (Interrog. du 27 février.)
             

Or, 

             
  1. dans le langage ordinaire, par Notre-Seigneur, on entend le Dieu fait homme, et, en particulier, quand on demande ailleurs à Jeanne d’Arc quel est son Seigneur, elle répond que c’est Jésus-Christ.
  2. Par le Roy du Ciel tenant en main le globe  du monde, il faut entendre le Dieu incarné et ressuscité  glorieux et triomphant. Jeanne d’Arc dit à Charles vii qu’il sera  lieutenant du Roy des cieux qui est Roy de France, et elle écrit au duc de Bourgogne que tous ceux qui guerroyent  contre le Sainct Royaume de France, guerroyent  contre le Roy Jhésus, Roi du ciel et de tout le monde. Ces diverses paroles, rapprochées l’une de l’autre, établissent que la figure de l’étendard  était celle de Jésus-Christ.
  3. Il est fort vraisemblable que le nom  de Jhésus se rapportait  à la figure divine portant le monde et placée entre deux anges tenant des fleurs de lis ; de même que le nom Maria se rapportait à la figure placée primitivement sur le panon ou  guidon flottant, ou quelle estait paincte une annonciation, savoir l’image de Notre-Dame ayant  devant elle un ange lui présentant un lys. Le journal du siège parle seul de cette image de la Vierge peinte sur le panon, attendu que le dit panon se trouve en partie brûlé le jour même de l’entrée de Jeanne d’Arc à Orléans. Cette figure de Marie n’ayant pas été remplacée, on conçoit que tous ceux qui ont parlé plus tard de l’étendard, l’aient omise dans leur description.
   

    « Outre les dépositions de Jeanne d’Arc concernant son étendard, nous avons le témoignage de son chapelain et confesseur, frère Pasquerel, qui dit que Notre-Seigneur y était représenté « assis sur son tribunal dans les nuées du ciel ». Or, c’est du fils de  Dieu ressuscité qu’il est dit qu’il doive paraître dans les nuées et juger les hommes sur son tribunal.

             

                Aussi l’historien le plus scrupuleux de Jeanne d’Arc, M. Le Brun de Charmettes, qui a pesé la portée de chacun des mots et comparé les diverses dépositions, n’a pas hésité à voir dans la figure portant le monde, celle de Jésus-Christ, puisqu’il l’appelle le  Sauveur des hommes, dénomination  justifiée d’ailleurs par le contexte de  frère Pasquerel.

             

« La théologie, du reste, est d’accord avec l’histoire pour faire conclure ici en faveur du fils de Dieu incarné et ressuscité. Car la royauté temporelle de Jésus-Christ est un point établi par tous les théologiens sur l’autorité des Saintes-Écritures et de la tradition ».

             

                Les raisons données par M. l’abbé Pie, pour  démontrer que Jésus  et non pas Dieu le Père était figuré sur l’étendard de Jeanne d’Arc, paraissent convaincantes. Ce résultat peut avoir de l’importance pour les peintres et les sculpteurs appelés à représenter Jeanne d’Arc et des scènes où l’héroïne figure. (Bulletin  archéologique, publié  par le Comité historique des Arts et  Monuments, t. iii, Paris, 1844 et 1845, p. 237).

             

Porter Bannière. — La Coutume de Poitou dit, en son article Premier. « Et peut (le seigneur, comte, vicomte ou baron) en guerre ou en armoirie, porter ses armes en quarré, ce que ne peut faire le seigneur châtelain lequel seulement les peut porter en forme d’écusson. Anciennement, l’enseigne du chevalier bachelier était appelée Pennon ou Pennonceau, et cette enseigne avait des queues ; lorsque le  chevalier Banneret levait Bannière  et devenait Banneret, on coupait les queues du pennon, qui par ce moyen devenait carré et qui était appelé ensuite Bannière, et ainsi porter ses armes en carré, en guerre et en armoirie était beaucoup plus que de les porter à queue ou en forme d’écusson.) (François RAGUEAU. — Glossaire du Droit  français, réimprimé à  Niort en 1882, in-4°).

             

d’après le Dictionnaire archéologique et explicatif de la     science du blason
    Comte Alphonse O’Kelly de Galway — Bergerac, 1901

http://glossaire.blason-armoiries.org/

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01 septembre 2006

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LA VIE DE SAINT MEEN

Confesseur, Fondateur et premier Abbé du Monastère de Gaël, le 21 juin. Saint Méen estoit natif de la province de Cambrie, autrement nommé Sud-Wallia, en l'Isle de Bretagne. Ses parens demeuroient en une Ville aux quartiers de Went, qui s'appeloit Orkh, & estoient proches parens de saint Samson, Archevesque d'Yorkh, en Angleterre, puis de Dol, en Bretagne Armorique. Ils furent soigneux de bien élever la jeunesse de leur enfant, l'apprenant, tout petit qu'il estoit, à prier Dieu ; à quoy il se rendoit frot prompt. Il fut, puis aprés, envoyé à l'écolle, où il s'adonna tellement à l'étude, & des lettres & de la vertu, qu'il laissoit loin derrière soy tous ses condisciples, sans pour cela, en rien, se préferer à eux, ny s'en glorifier en façon quelconque, ayant jetté dans son cœur de profondes racines d'humilité. II. Estant sorty des écolles, & retourné chez son Pere, ses Parens esperoient joüir de sa douce presence, & le retenir prés d'eux pour soigner leurs affaires ; mais luy qui estoit touché de Dieu & appellé à plus haut degré de perfection, ayant supplié humblement Nostre Seigneur de le conduire & mettre au chemin de son salut, se déroba d'eux & alla trouver son Oncle saint Samson à Yorkh, duquel il fut receu à bras ouverts, le saint Prélat sçachant bien qu'il estoit guidé de l'esprit de Dieu, & que ce devoit estre, un jour, le pere de plusieurs bons Religieux, qui travailleroient à bon escient en la vigne du Seigneur. Il fut quelque temps au Monastere en habit Seculier, entendant la doctrine de son Oncle & servant aux Religieux, jusqu'à ce qu'ayant fait preuve de sa vertu, patience, perseverance & devotion, il fut vestu par saint Samson, qui aussi le receut à Profession, &, le voyant croistre à veuë d'œil & s'avancer de vertu en vertu, luy confera tous les Ordres & enfin la Prestrise. III . Quelque temps aprés, saint Samson, ayant receu commandement de Dieu de passer en nostre Bretagne Armorique, fit choix d'un bon nombre de ses Religieux, lesquels il jugea plus propres à la conversion des Ames ; du nombre desquels fut l'heureux Méen. Ils passerent la Mer & aborderent au rivage de Bretagne, où saint Samson, ayant fait plusieurs miracles, fut les tres-bien venu & entra si avant és bonnes graces des habitans, qu'ils luy aiderent, de bon cœur, à bastir un Monastere pour soy & ses Religieux, en la ville de Ker-feunteun (on la nomme à présent Land-meur, distant deux lieuës de Morlaix), là, où s'estant resserré avec ses Moynes, il vaquoit à continuelles prieres & autres saints exercices, preschant, instruisant & Catechisant le peuple qui, à troupes, le venoient trouver. Mais Dieu, pour luy donner occasion de plus travailler pour sa Gloire & le salut des Ames, permit que tous les Evesques de Bretagne (la pluspart ses Compatriottes, refugiez de l'Isle comme luy) l'éleurent volontiers pour leur Metropolitain, luy deferant la mesme preséance & authorité sur eux, qu'il avoit, en l'Isle, sur ses suffragans, estant Archevesque d'Yorkh. Alors, il institua saint Magloire Abbé de Ker-feunteun & continua à communiquer aux peuples circonvoisins la clarté de sa Doctrine Celeste. IV. Il jugea incontinent que Méen, son Disciple, estoit propre à telle conqueste, c'est pourquoy, de l'avis & deliberation universelle des freres, il luy donna son Obedience & Benediction & un nombre de Freres, luy donnant pouvoir d'accepter des Monasteres quand il luy en seroit offert, recevoir Religieux & se porter entierement comme Abbé. Saint Méen, ayant pris congé de ses Confreres, se mit en chemin avec sa troupe, marchans par le pays, &, arrivez és terres du Seigneur de Gaël, qui estoit bon Catholique, Aumônier & Religieux, ils le rencontrerent en leur chemin & le saluerent gratieusement ; luy, les ayant aussi saluez, les pria deluy faire cette faveur que de vouloir entrer en sa maison pour se rafraischir, & qu'il tascheroit à les accommoder lemeiux qu'il pourroit. Le Saint répondit pour tous, &, l'ayant remercié de sa charité, accepta l'offre, entra dans le Manoir & y séjourna quelques jours. V . Pendant le temps que le Saint demeura chez ce Seigneur, il eut plusieurs Colloques & devis spirituels avec luy, & tellement l'embrasa de l'Amour de Dieu & du desir de le servir en estat de Religion, qu'il supplia saint Méen d'accepter cette sienne Seigneurie, avec toutes ses appartenances, à condition d'y bastir un Monastere & l'y recevoir Religieux. Saint Méen remercia Dieu de cette faveur & accepta l'offre dudit Seigneur aux conditions proposées, & , laissant quelques uns de ses Moynes avec luy, s'en retourna à Dol faire sçavoir le tout à saint Samson & à saint Magloire, lesquels, ayans rendu graces à Dieu, le renvoyerent avec tout pouvoir touchant cette affaire. Estant de retour à Gaël, il fit sa reponse audit Seigneur, lequel, incontinent, manda des ouvriers de toutes parts, ayant amassé tous les materiaux qu'il jugeoit necessaires pour l'édifice, & incontinent mist ses gens en besogne, en sorte qu'il y avoit grande apparence que, dans un peu de temps, on verroit ce Bastiment parfait. Une seule chose incommodoit les Artisans, c'estoit faute d'eau pour détremper leur mortier, la prochaine eau estant si éloignée d'eux, qu'on perdoit bien du temps & avoit-on bien du mal à l'aller querir. VI . Saint Méen averty de cela, plein de foy, se prosterna en Oraison, en laquelle il pria Dieu de leur donner de l'eau, &, s'estant levé, il ficha son bourdon en terre, lequel retirant, il fit jaillir une source d'eau vive, laquelle se voit encore maintenant, & est fort renommée pour la vertu qu'elle a de guerir d'une maladie, nommée par les Medecins Prosa, & par le vulgaire le mal de saint Méen, qui est une forte galle ou rogne, qui ronge jusqu'aux os. Le Monastere, fait & parfait, fut dedié en l'honneur du glorieux Précurseur saint Jean-Baptiste, duquel ces bons Peres se proposoient imiter, & le zele & l'austerité. La renommée de la sainte vie que menoient ces bons Religieux estant répenduë par toute la contrée, grand nombre de jeunes gens, tant Nobles qu'autres, y aborderent, desireux de vivre sous la regle & discipline de saint Méen ; entr'autres Judicaël, Roy de Bretagne Armorique, ne pouvoit se rassasier des bonnes et saintes instructions de saint Méen, lesquelles il entendoit tres-volontiers & mettoit soigneusement en pratique. Epris d'un desir de servir Dieu en estat de Religion, estant de retour de la guerre de France, le chef orné de lauriers & les mains chargées de palmes, foulant aux pieds la victoire mesme, s'en vint au Monastere de Gaël, quitte sa Pourpre Erminée, mist bas le Diadesme, &, recevant humblement l'habit Monachal, passa le reste des ses jours dans ce Monastere, lequel, estant étroit & ruïneux en plusieurs lieux, il fit augmenter & reparer de plus de moitié, y annexant de grands revenus ; & y vescut en telle sainteté & perfection, qu'il merita, aprés sa mort, d'estre canonisé. VII . Le quatriéme frere de saint Judicaël, nommé Hoël, jeune Prince fougueux & ayant le feu dans la teste, bien different d'humeurs & de mœurs de ses trois autres freres, Saints Judicaël, JOsse & Winokl, faisoit sa demeure ordinaire en un Manoir joignant le Monastere de Gaël, foulant & oppressant les paysans par ses exactions & violences. Un de ses serviteurs n'ayant peut-estre voulu executer quelque sien inique commandement, ou pour quelque autre occasion, estant tombé en sa disgrace, fut par son commandement, serré prisonnier & détenu en une basse fosse, & là tourmenté d'autres peines, de sorte qu'à peu que ce pauvre homme ne perdist patience. Saint Méen, visitant un jour les cellules des ses Religieux, entendit les cris &lamentations de ce pauvre captif, &, s'estant enquis que c'estoit, il luy fut dit que c'estoit un pauvre homme que le prince Hoël tenoit aux fers. Incontinent, il dépesche deux de ses Moynes pour aller, en son nom, interceder pour ce pauvre homme & supplier le Prince de le mettre en liberté ; les Moynes y allerent, mais en vain, car il ne leur fut jamais possible de fléchir le cœur obstiné de ce Prince. Saint Méen, voyant cela, se met en priere, suppliant Dieu d'avoir pitié de ce pauvre homme, &, incontinent, sa priere achevée, cet homme fut, par le ministere d'un Ange, délivré de sa prison & vint au Monastere remercier Dieu & S. Méen & se jetter en franchise entre ses bras. VIII . Hoël, entendant que son prisonnier estoit eschappé & qu'il s'estoit jetté dans le Monastere, comme en lieu sacré & de franchise, dépesche promptement vers saint Méen, le somme de lui rendre son prisonnier ; le saint Abbé s'en excusa honnestement, disant qu'il ne pouvoit livrer entre ses mains un pauvre homme qui s'estoit jetté en franchise dans son Monastere, comme en lieu saint & privilegié ; cependant, il cacha ce pauvre homme dans l'Eglise, pensant que Hoël ne l'en tireroit par force ; mais il en avint tout autrement : car le Prince, ayant entendu la réponse du Saint, & ne s'en tenant satisfait, vint au Monastere, tout bouillant de colere, mist la porte de l'Eglise en pieces, en tira ce pauvre homme, collé aux pieds du grand Autel, les mist hors violemment, nonobstant les humbles prieres de saint Méen & de ses Moynes, lesquels, n'en pouvans tirer autre chose, exhortoient ce pauvre homme à la patience, & que, dans peu de temps, il seroit affranchi ; & saint Méen, s'adressant à Hoël, luy dist d'un Esprit prophetique : "qu'il pensast bien à sa conscience & qu'il commençast à faire penitence, parce que, dans trois jours, il mourroit, & faudroit rendre compte au Juge souverain". IX . Ce jeune folastre, oyant cela, se prit à rire à gorge déployée & se moquer du saint Abbé & de ses prédictions, comme des resveries de quelque vieil radoteur, puis monta à cheval, s'en retourna, rammenant son prisonnier, bien resolu de luy faire ressentir les effets de sa rage. Mais Dieu arresta bien ses fougues, car, comme il arrivoit devant le portal de son Manoir, il piqua son cheval pour luy donner carriere, lequel, d'une ruade, jette son homme bas & luy rompt une cuisse ; la secousse ayant esté si rude, qu'il cheut à la renverse tout brisé & moulu. Lors, revenant à soy & se souvenant de ce que saint Méen luy avoit prédit, le voilà au repentir : il se fait porter en son Manoir & coucher dans son lit, délivre son prisonnier & le supplie, à jointes mains, d'aller au Monastere, & prier saint Méen de luy pardonner, luy raconter l'accident qui luy estoit arrivé & le supplier de prendre la peine de le venir voir. Le saint Abbé, ayant sceu cét accident, vint voir Hoël, le reprit aigrément de ses déportemens passez, l'exhortant à en demander pardon à Dieu & endurer patiemment cette affliction, bien petite au prix de ce que ses pechez meritoient, il l'excita à une vraye Contrition, l'entendit de Confession, luy administra les autres Sacremens & le disposa à la mort, laquelle l'emporta le troisiéme jour, comme le Saint luy avoit prédit. X . Le terroir de Gaël, fort gras & fertile, estoit fort endommagé par certaines petites bestioles, lesquelles, sortans de leurs tanieres, quand le bled s'en alloit meur, y faisoien tun grand dégast. Saint Méen ayant experimenté le dommage qu'elles faisoient au Monastere, ayant fait Oraison, s'alla presenter devant la taniere où se retiroient ces bestes & leur commanda, de la part de Dieu, de se retirer si avant dans le desert, qu'elles ne pûssent faire plus dommage, ny au Monastere, ny à personne, à quoy elles obeïrent, prenant leur chemin à travers pays, & jamais depuis n'en fut veu en ce pays-là. Ayant mis fin à l'édifice, tant spirituel que materiel, de son Monastere, voyant tout en bon ordre, la discipline reguliere en vigueur & le pays instruit par ses Religieux, il resolut de faire le voyage de Rome pour visiter les Sepulchres des Princes des Apostres saint Pierre & saint Paul & les autres Saints lieux qui sont, tant dedans que hors les murs de cette sainte Cité. Il prit donc congé de ses Religieux, desquels en ayant choisi quelques uns, se mit en chemin, faisant, par tout où il passoit, de grands miracles. S'en allant par Angers, il fut prié de prescher en la grande Eglise, ce qu'il fit avec un grand applaudissement & édification des Auditeurs. XI . En cette Ville, une bonne Dame, meuë du recit qu'elle avoit ouy faire de sa sainteté & des miracles que Dieu avoit operé par luy, le vint trouver & le supplia de la vouloir délivrer des dommages qu'elle recevoit d'un horrible Dragon, lequel avoit sa retraitte ordinaire en un petit boccage situé au plus beau & fertil endroit de ses terres, lesquelles, crainte de cette horrible beste, demeuroient infructueuses & vagues, personne n'osant en approcher. Cette Dame estoit fort vertueuse & de sainte vie ; à laqulle le Saint promist tout contentement. Ce Serpent avoit sa caverne en un détroit qui est prés l'Abbaye de saint Florent, sur le bord de la riviere de Loyre. Saint Méen s'y fit mener ; mais ses guides & le peuple qui le suivoient pour voir l'issuë de l'affaire, estans arrivez à veuë du lieu, le luy monstrerent du doigt, n'osans en approcher plus prés ; le saint Abbé fléchit les genoux en terre, & ayant fait sa priere à Dieu & celebré la sainte Messe en l'Eglise prochaine, s'en alla droit à la caverne du Dragon & luy commanda de sortir, ce qu'il fit incontinent, étincelant des yeux, froissant la terre de ses écailles & faisant un sifflement si extremément horrible, que tout le pays circonvoisin en retentit ; il s'approcha de luy, luy noua son Estole au col & le mena ainsi, comme une beste domestique, jusques sur le bord de la Loyre, où il luy commanda, de la part de Dieu, de s'y précipiter, ce qu'il fit devant tout le peuple. XII . Cela fait, il revint à Angers, où toute la Ville luy alla au devant, le recevant avec l'honneur que sa sainteté & ses vertus meritoient, & cette bonne Dame, en reconnoissance de ce bien-fait, & pour éternelle memoire de ce miracle, lui donna cette terre qu'il avoit purgée de ce Dragon, où il bastit un Prieuré dépendant de son Abbaye de Gaël, y mist de ses Religieux & en vétit d'autres ; puis l'ayant accomply, se disposa à poursuivre son chemin vers Rome ; mais Dieu luy revela qu'il le vouloit retirer à soy, pour le recompenser de ses travaux, ce qu'il raconta à ses Freres, lesquels luy conseillerent de retourner à Gaël, pour y mourir chez soy & parmy ses Freres ; il crût leur conseil & revint en son Monastere, au grand contentement de ses Religieux. XIII . Peu aprés, il tomba malade, &, dans peu de jours, fut si abattu, tant à cause de sa vieillesse, qu'à raison des grandes austeritez lesquelles il avoit toujours pratiquées sur son pauvre corps, qu'il sentit bien sa fin approcher ; il appella tous ses Religieux, auxquels, fondans en larmes prés de sa couche, il fit une grave & amoureuse Prédication, les exhortant à la perseverance, en l'Observance de leurs vœux, à garder la pureté de leur Regle ; &, appercevant un jeune Religieux, nommé Frere Ausole, plus triste & déconforté que les autres, ne se pouvant tenir de lamenter de départ de son bon Pere, le saint Abbé l'appella prés de sa couche, &, essuyant luy-méme les larmes de ses yeux, luy dist d'un Esprit prophetique : "Mon fils, ne vous attristez pas de mon départ : car nous ne serons gueres separez l'un de l'autre ; je vay devant vous comme vostre Pere, & vous, dans huit jours, vous me suivrez ; partant, disposez-vous hardiment à ce passage". XIV . Ayant dit cela, il demanda à recevoir l'Extréme-Onction, ayant déjà eu le Sacrement de Penitence & le Viatique ; puis, ravi en une profonde contemplation, les yeux, le cœur & les mains élevées en Dieu, il rendit son glorieux esprit és mains de son Créateur qui l'avoit creé pour sa Gloire, le vingt-uniéme Juin, environ l'an de salut six cent soixante & cinq ; regnant en nostre Bretagne Alain II du nom, Néveu du Roy Salomon, second Roy des deux Bretagnes haute & basse, réünies en un tige par la cession qu'en fit saint Judicaël. Le Corps saint fut honorablement ensevely dans son Monastere, en un Sepulchre élevé, à costé droit du Maistre Autel, où Dieu fit de grands miracles en preuve de sa Sainteté. Là furent gardées ses venerables Reliques en grand honneur & reverence, jusques en l'an de grace 878, que les Normands & Danois estans descendus en nostre Bretagne, détruisans les Eglises & Monasteres, brûlans les saintes Reliques & jettans les cendres au vent, elles furent par les Moynes enlevées & portées à Saint-Florent, où elles ont demeuré un long-temps ; mais depuis on en a recouvert quelques parties, qui sont déposées dans l'Abbaye de Gaël, laquelle, du nom de son premier Abbé, s'appelle saint Méen. Ce Monastere a esté grandement chery par les anciens Princes Bretons, qui y ont fait de grandes aumônes & luy ont donné plusieurs beaux privileges. Le bon Duc Geoffroy I du nom, entreprit de le rebastir tout à neuf ; mais, prévenu de la mort, il en laissa le soin à son fils le Duc Alain III, qui s'en acquitta, faisant reparer les Eglises de sainte Marie & de saint Gicquel, &, de plus, donna à l'Abbé Hugues & aux Moynes dudit Monastere permission d'avoir marché & change d'or & d'argent en leur Ville, l'an 1029. Ce Monastere est renommé par toute l'Europe & devotement visité par les Pelerins, nommément par ceux qui sont affligez du mal que le vulgaire appelle le mal de saint Méen, qui y trouvent le plus souvent du soûlagement, par l'intercession & merite de ce saint Abbé. Vies des saints de la Bretagne Armorique par Alber Le Grand (1636) - Vè édition de 1901 - Quimper

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Sources mentionnant DE LA COSTE

SourceS mentionnant DE LA COSTE

Écuyer, Sieur de Tilly, obtint, dans le partage de 1567, le quatrième lot « comprenant une maison et un jardin tenant d'un bout sur noble Olivier le Gardeur Seigneur de Croisilles, item un jardin touchant à noble homme Me Julien Morchoesie, item à prendre sur noble homme Jean de Beamessat, Seigneur de Combray, 60 # tournois de rente ».
Le 4 mars 1578, il rend aveu au bourg de Thury pour sa sieurie de Tilly. (Archives du Calvados, E. 445)

René Le Gardeur fut marié deux fois : 1. par contrat sous seings privé, le 3 mai 1582, -- reconnut le même jour au Château de Thury devant Michel Piedone et François Olivier, tabellions jurés au baillage de Thury, -- avec Demoislle Marguerite [b]de la Coste[/b], fille unique de feu noble homme Pierre [b]de la Coste[/b], Sieur de la Villeneufve, et de Demoiselle Ariette de Bize, héritière d'iceux et de feu Odet de la Coste, Seigneur de Villeneufve, son frère.

Appartenaient à leur succession la sieurie de Bergeries assise au pays de Champagne, et plusieurs maisons en la ville de Lyon. (Cabinet d'Hozier, 283, fo 175) 2. par contrat passé à Falaise le 27 juin 1599, avec Catherine de Corday, fille de Pierre. (La famille de Corday, maintenue dans sa noblesse portait : « d'azur à trois chevrons d'or »).

De ce second mariage naquirent au moins quatre enfants (Réf. : Vieilles familles de France en Nouvelle-France, Archange Godbout, RAPQ, 1975, p. 222).

Autre référence sur l'ascendance de René Le Gardeur de Tilly : AG-FNF ; Messages de l'Atlantique, no 20, 1993, supp. : sur la famille Leneuf (parents de Catherine de Corday) ; Dict. généal. de nos origines, Tome 1- 1608-1730. Édition préliminaire, déc. 1996. Denis Beauregard SGCF 5753. 1996.
http://www.mediom.com/~lgder/html/histoire_france.html
_______________________________________________________________________

. SIEUR, ÉCUYER RENÉ4 LE GARDEUR DE TILLY (BONIFACE3 LE GARDEUR DE TILLY DE MUTRECY, JEAN2 LE GARDEUR DE CROISILLE, ROBERT1 LE GARDEUR), continuateur de la lignée, est né ca 1557 à Thury-Harcourt, Caen, Normandie, France, et décédé avant 1636 à Thury-Harcourt, Caen, Normandie, France. Il a épouséd (1) MARGUERITE [b]DE LA COSTE[/b] le 3 mai 1582 à Thury-Harcourt, Caen, Normandie, France1, fille de PIERRE DE LA COSTE et ARRIETTE DE BIZE.  Elle est née ca 1562, aet décédée avant 1599 à Thury-Harcourt, Caen, Normandie, France. Il a épousé (2) DAME CATHERINE DE CORDAY le 27 juin 1599 à Falaise, Calvados, Normandie, France2, fille de PIERRE DE CORDAY SIEUR DE REPENTIGNY et MARIE-MADELEINE DE MONTESSON.  Elle est née ca 1579 à Craménil, Orne, Normandie, France3, et décédée le 7 juillet 1657 à Québec, Québec4.

Notes pour MARGUERITE DE LA COSTE :
Héritière : appartenait à sa succession, la sieurie de Bergeries, assise au pays de Champagne et plusieurs maisons en la ville de Lyon (Réf. : Vieilles familles de France, Archange Godbout, RAPQ, 1975, p. 222).

Notes de mariage pour RENÉ LE GARDEUR DE TILLY et MARGUERITE DE LA COSTE :
Mariage sous seings privé au Château de Thury (Tabellions Michel Piedone et François Olivier, jurés au baillage de Thury). (Calvados: 14689))
Plus d’information sur RENÉ LE GARDEUR DE TILLY et MARGUERITE DE LA COSTE :
Contrat de mariage: 3 mai 1582, Pierredone & Olivier5
Mariage : 3 mai 1582, Thury-Harcourt, Caen, Normandie, France6

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Saint-Julien tire son nom de la chapelle Saint-Julien devenue église paroissiale.
Saint-Julien est un démembrement de l'ancienne paroisse primitive de Plaintel. Le 6 avril 1630, suite à la requête du seigneur de la Coste, la chapelle de Sainct-Jullien de La Ville-Jégu (appartenant à la famille Coste) est érigée en trève et paroisse succursale de la paroisse primitive de Plaintel. La même année, des fonts baptismaux y sont établis et la paroisse de Saint-Julien commence d'exister.
En 1789, la paroisse de Saint-Julien dépendait de la subdélégation de Quintin et du ressort de Saint-Brieuc, son évêché. La collation de la cure appartenait au marquis de Langeron, seigneur de la paroisse.
L'église, dédiée à saint Julien de Brioude (soldat romain né à Vienne et martyrisé à Brioude en 304), est semble-t-il une fondation de la famille Dollo, seigneurs de la Coste. Elle semble avoir pris le relais de la chapelle Saint-Gilles, située non loin du château primitif. Cette chapelle qui se trouvait jadis en Plaintel, est attribuée au territoire de Saint-Julien par arrêté préfectoral du 10 juillet 1821. Cet arrêté est annulé par le conseil d'Etat le 8 novembre 1821. Le Conseil de préfecture attribue de nouveau la chapelle à Saint-Julien par arrêté du 2 septembre 1822 (Archives des Côtes d'Armor, V 2071). Cependant aujourd'hui la chapelle Saint-Gilles est en Plaintel, tandis que la croix du même nom est en Saint-Julien.
Certains lieux-dits tels que L'Hôpital semblent révéler la présence d'une ancienne maladrerie. La paroisse de Saint Julien est devenue indépendante en 1699 (archives des Côtes d'Armor, 2G), statut qui lui est confimé en 1699 (décret épiscopal du 7 juillet 1699), puis en 1732 (décret épiscopal du 30 octobre 1732). Saint-Julien élit sa première municipalité au début de 1790.

On trouve quelquefois l'appellation "Saint-Julien de la Coste" au XVIIIème siècle.
Note : la commune de Saint-Julien ou Saint-Julien-de-la-Côte est formée des villages : les Chênots, la Villéon, les Fontaines, la Rue-d'Enbas, la Côte, la Ville-Tiennot, la Vallée, les Pertoquis, la Ville-Jégu, la Saudraye, l'Hôpital, la Coudraye, le Pré-Auray, les Aulnays, le Goulet-d'Enbas, les Jars, le Pillier, la Bruyère, le Pas-David.
http://frey-roger.ifrance.com/frey-roger/saint-julien.htm

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Renée de France fille d'anne et de Louis

[img]http://www.rmnphoto.com/LowRes2/TR1/9YL8NH/02-004429.jpg[/img]

Renée de France (25.10.1510-12.6.1575) est la fille cadette de Louis XII et d'Anne de Bretagne. Orpheline en 1515, elle grandit avec les enfants de sa soeur Claude qui a épousé François Ier en 1514. Adolescente, elle intègre l'entourage de Marguerite d'Angoulême où elle rencontre les cercles humanistes et les adeptes de la pré-réforme. François Ier arrange son mariage avec Hercule d'Este, fils aîné du duc de Ferrare. Cette union scelle l'entrée du duché dans la ligue de Cognac, unissant la France, la papauté et plusieurs principautés contre Charles Quint. Le mariage est célébré le 28.6.1528.
Renée s'installe à Ferrare dans un des foyers les plus brillants de la Renaissance, entourée d'artistes et poètes (Ludovic Arioste, Vittoria Colonna, Olympia Morata...). De son mariage naîtront cinq enfants, Anne (1531-1607), Alphonse (1533-1597), Lucrèce (1535-1598), Léonore (1537-1581) et Louis (1538-1586).
Très rapidement des dissensions surgissent au sein du couple, surtout dues à la situation politique très tendue. En 1529, la paix des Dames met fin à l'alliance franco-ferraraise. Renée oeuvre malgré tout pour les intérêts de la France, ce qui met son époux dans une situation délicate face à ses suzerains, le pape et l'empereur. Elle aide financièrement les troupes royales en Italie, accueille les envoyés du roi, surveille des missions, fournit des renseignements. Elle soutient aussi ses fils qui passent au service du roi de France contre la volonté de leur père. Hercule d'Este tente de limiter les activités pro-françaises de son épouse et renvoie régulièrement des serviteurs français, restrictions qui provoquent des crises diplomatiques entre les deux pays et une vive indignation à la cour de France. Le lien n'est néanmoins jamais rompu; en 1548 notamment, Anne d'Este épouse François de Lorraine, duc de Guise.
L'attachement de Renée de France à la Réforme est une autre source de conflits. La duchesse fait de Ferrare le centre réformé le plus important d'Italie. Après une première prise de contact avec les réformateurs, dans les années 1530, la duchesse commence dans les années 1540 une vaste correspondance avec Calvin, Bullinger et d'autres protestants; elle cesse d'assister à la messe. Le duc, tolérant en matière religieuse, refuse d'intervenir malgré les pressions exercées par ses suzerains. Lors des grandes crises politiques, toutefois, il prend des mesures répressives, comme en 1536 ou en 1554, où Renée fait l'objet de poursuites. Le 6.9.1554, en accord avec Henri II, Hercule traduit Renée devant un tribunal de l'Inquisition qui la condamne à la prison perpétuelle. Mais le duc n'exécute pas la sentence et Renée reprend ses habitudes calvinistes, jusqu'à la mort de son époux, le 3.10.1559.
Le 2.9.1560, Renée quitte le duché et s'installe en France, dans son douaire de Montargis. Elle engage alors une procédure juridique à l'encontre de la couronne, pour récupérer au moins partiellement son héritage paternel et maternel, procès qui l'occupe dix ans sans donner les résultats escomptés. Vivant selon l'esprit de la Réforme, elle se garde de tout fanatisme. Ses contacts avec les protestants et sa parenté avec les Guise font d'elle une négociatrice recherchée. Pendant les guerres de religion, elle fait de sa ville un refuge, accueillant entre autres la famille de Michel de L'Hôpital, Agrippa d'Aubigné et Jacques Androuet du Cerceau. N'hésitant pas à désobéir aux ordres royaux, elle refuse en 1563 et en 1566 de livrer «ses» réfugiés à l'armée royale, ce qu'elle ne peut empêcher en 1569: elle voit sous ses yeux tuer hommes, femmes et enfants. Renée assiste aussi au massacre de la Saint-Barthélemy, auquel elle survit grâce à sa fille Anne, qui l'abrite à l'hôtel de Nemours. Elle reste fidèle jusqu'à sa mort aux préceptes de la Réforme.
Un grand nombre d'articles et de biographies lui ont été consacrés par les historiens du protestantisme. Elle y est dépeinte comme une héroïne de la Réforme, persécutée par sa famille catholique, tandis que d'autres auteurs lui reprochent les liens qu'elle entretenait avec les Guise et son «manque de fermeté». La tolérance de Renée à l'égard des catholiques appelle assurément des analyses moins simples. L'engagement politique, culturel et social de la duchesse demeure quant à lui un champ de recherche encore peu exploré. Mais le statut royal de Renée de France, la liberté avec laquelle elle a défendu ses convictions et la particularité de son parcours continuent à susciter l'intérêt; en Italie et en France, des recherches prometteuses sont en cours.

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Claude, reine de France fille d'Anne.

[img]http://www.corpusetampois.com/cae-16-bontemps-claude.jpg[/img]

Claude de France (Romorantin 1499 - Blois 1524). Reine de France (1515 - 1524). Première femme de François Ier. Inhumée à l'abbaye de Saint-Denis. Claude de France était la fille de Louis XII et d'Anne de Bretagne. A la suite des défaites de la France en Italie en 1503, le roi fut contraint d'accepter les fiançailles de la princesse avec l'archiduc Charles, futur Charles Quint. Mais dès 1506, le roi convoqua les Etats Généraux à Tours afin qu'ils le délient de sont engagement et qu'ils acceptent l'union de Claude avec François d'Angoulême, l'héritier présomptif de la couronne. Les fiançailles furent célébrées en présence de l'assemblée et le mariage se tint à Saint-Germain le 18 octobre 1514. Claude fut couronnée à Saint-Denis le 10 mai 1519. Elle ne joua pas de rôle politique particulier. Elle eut trois fils :

- François, mort en 1536
- Henri, le futur Henri II
- Charles, duc d'Orléans (1522 - 1546)

et quatre filles :
- Louise, morte en bas âge
- Charlotte (1516 - 1524)
- Madeleine (1520 - 1537) qui épousa le roi Jacques V d'Ecosse
- Marguerite (1513 - 1574), duchesse de Savoie à partir de 1559 par son mariage avec le duc Emmanuel-Philibert.

La reine a donné son nom à une variété de prunes

_____Brantôme "Vie de Claude de France"_______
_________[Vie des Dames illustres]_____________
___________entre 1590 et 1614 ________________

[u] Madame CLAUDE DE FRANCE[/u]

     IL faut parler de Madame CLAUDE DE FRANCE, qui fut très-bonne & très-charitable, & fort douce à tout le monde, & ne fit jamais desplaisir ny mal à aucun de sa Cour ny de son Royaume. Elle fut aussi fort aymée du Roy Louïs, & de la Reyne Anne, ses pere & mere, & estoit leur bonne fille et la bien-aimée, comme ils luy monstrerent [p25] bien: car après que le Roy fut paisible Duc de Milan, ils la firent déclarer & proclamer en la Cour de Parlement de Paris, à huis ouverts, Duchesse des deux plus belles Duchés de la Chrestienté, qui estoient Milan & Bretagne, l’une venant du pere, & l’autre de la mere. Quelle heritage! s’il vous plaist. Ces deux Duchés, jointes ensemble, eussent bien fait un beau Royaume.
      La Reyne sa mere la voulut fort marier à Charles d’Austriche, depuis Empereur. Si elle eust vescu, cela se fust faict; car elle s’en faisoit accroire par-dessus le Roy son mary, & mesme pour le mariage de ses filles, desquelles elle vouloit avoir la totale charge & soucy. Jamais elle ne les appelloit autrement que par leur nom; ma fille Claude, & ma fille Renée. Aujourd’hui, il faut donner des Seigneuries aux filles des Princesses, voire des Dames, pour les y appeler. Et si elle eust vescu, jamais le Roy François ne l’eust espousée, comme j’ay dict en son discours ; car elle prévoyoit bien le mauvais traittement qu’elle en devoit  recevoir, d’autant que le Roy son mary luy donna la vérole qui luy avança ses jours. Et Madame la Régente, sa belle-mere, la rudoyoit fort: mais elle se fortifioit le plus qu’elle pouvoit de son beau esprit, & de sa douce patience, & grande sagesse, pour supporter ses rigueurs, ny plus ny moins qu’on lit de Marguerite, fille de Raimond, Comte de Provence, femme du Roy Saint-Louïs, fort sage & prudente Princesse, qui supportoit les rudesses de Blanche, sa belle-mere, qu’elle luy faisoit, par sa prudence, & les vainquoit par sa patience. Quoy qu’il en soit, elle produisit une très-belle et généreuse lignée au Roy son mary: trois fils, François, Henry & Charles; & quatre filles, Loüise, Charlotte, Magdeleine & Marguerite.
     Elle fut fort aymée aussy du Roy son mary, & bien traittée, & de toute la France, & fort regrettée après sa mort, pour ses admirables vertus & bontez.
     J’ay leu dans la Chronique d’Anjou qu’après sa mort son corps fit miracles, si bien qu’une grande Dame des siennes, estant un jour tourmentée d’une fievre chaude, & s’estant vouée à elle, soudain elle recouvra santé.

________________________Sources____________________________
Bernard GINESTE [éd], «Brantôme: Vie de Claude de France», in Corpus Étampois, 

Bernard GINESTE [éd], «Pierre Bontemps: Claude de France (orante de marbre, vers 1550)», in Corpus Étampois,

Bernard GINESTE [éd], «Quicherat: Claude de France (gravure d’après un portrait contemporain, 1875)», in Corpus Étampois,

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François II de Bretagne

François II
Duc de Bretagne
1458 - 9 septembre 1488

[img]http://img121.exs.cx/img121/7601/francoisiiestampe4uv.jpg[/img]
[size=9]Planche extraite des "Galeries historiques de Versailles" : François II duc de Bretagne (mort en 1488) - Marguerite de Foix, duchesse de Bretagne (morte en 1486)
Auteur : Gavard Charles (1ere moitié 19e siècle)[/size]

A la mort en décembre 1458 du Duc Arthur III la possession de la couronne ducale revient a son neveu François, duc d’Etampes, qui devient François II. Poursuivant l’œuvre de ses prédécesseurs, François II renforce l’indépendance bretonne. Il crée alors la première université avec l’approbation du pape Pie II. Celle ci installée à Nantes a pour but de contrecarrer l’influence de celle d’Angers et de paris. Louis XI s’en trouve affecté, croyant pouvoir s’approprier les états voisins après avoir battu l’anglais. Malheureusement pour lui il multiplie les provocations lors du rassemblement de Tours, souhaitant que l’hommage ducal deviennent hommage lige, de plus il désire limiter l’autonomie des parlements ainsi que d’imposer sa monnaie dans les autres duchés et d’y lever l’impôt. Le Duc de Bourgogne, le Duc de Bretagne, le frère du roi et de grands princes se coalisent contre l’autorité royale. C’est ainsi que voit le jour « la ligue du bien public ». Elle marchera sur paris sans parvenir à détrôner le roi (13-09-1465 bataille de Montlhéry). François II y arrivera en retard. Faute à la maison de Penthièvre qui compromet à nouveau l’unité politique et militaire du duché.

Jean de Brosse marié à l héritière de Penthièvre a participé au rassemblement de Tours où le roi a exposé ses griefs contre l’administration ducale. Chose intolérable pour François II. Il s’octroi le Penthièvre prétextant que Jean de Brosse est français et non Breton. De Brosse refusant de se joindre au duc contre louis XI le parlement prononce la confiscation de ses terres.

François participe tout de même au traité de Conflans qui fait suite à la bataille. Le Duc de Bourgogne récupère les villes vendues en 1463 et Charles (frère du Roi) se voit remettre en apanage la Normandie. Le traité de Caen confirme François II dans ses droits.

Une querelle voit le jour entre Charles et les Bretons. Le duc de Bretagne participe alors avec Charles de Valois à une série de campagne en Normandie, mais sans réussir à s’y imposer. Louis XI cherche dans le même temps à reprendre la Normandie à son frère. Ce sera chose faire l’année suivante et Charles viendra se réfugier à Rennes se réconciliant par la même avec François. Mais le Roi mettra le siège devant Rennes  et le 18 septembre 1468 sera signé le traité d’Ancenis où François II s’engage à rompre ses alliances avec le Duc de Bourgogne et le Roi d’angleterre.

Petit moment de paix durant lequel, François II édicte de nouvelles réglementations. Il  redéfinit le rôle des milices bourgeoises, dans le devoir de guet en temps de guerre, et dans l’entretien, la préparation, l’adaptation et l’utilisation des fortifications. En fait, dès 1466, les modalités de recrutement fixaient la base d’un archer pour vingt feux, « au dessur de leaige de vingt et quatre anz et au desoubz de cinquante cinq ans », rémunéré deux sous un denier par jour et soumis à l’entraînement régulier du tir du papegault (ou papegaylt). Conformément aux prérogatives ducales, chaque deuxième jour de mai les meilleurs tireurs se rencontrent dans les cités où ils tentent d’abattre une plaque de bois ou de fer richement colorée et à la silhouette vaguement oisiliforme fixée en un point élevé. A Moncontour le papegault est suspendu à un pilier établi sur la « butte de l’arbalestrerie », au sud du château, causant par la même occasion quelques dommages aux couvertures avoisinantes. Et pour mieux motiver les participants, le tournoi prend la forme d’une cérémonie festive, le vainqueur étant nommé « roi » en faveur de multiples avantages.

Trente et une milices urbaines sont créées et des « monstres et revues » sont organisées annuellement, chaque membre devant se présenter avec les attributs conformes à son rang, débutant à Moncontour dès le début de l’année 1470. Du 8 au 10 janvier 1470, la cité est ainsi le cadre de la « revue et monstre généralle des nobles, ennobliz, exempts et aultres tenantz fiefs nobles » de l’évêché de Saint-Brieuc, passée par Gouyon de La Motte-Vauclerc, Amaury de La Moussaye et du Perrier, comte de Quintin. Y figure « Jehan de La Villéon, seigneur de la Ville-Gourio, jouissant de quatre mille h. de rentes et présentant pour lui à homme d’arme Jehan de La Moussaye, et à archers Gilles Le Garengier et Jean Grenault, un coustilleur et cinq chevaux », alors que Berthelot de La Villéon est porté absent en raison de son appartenance à l’hôtel ducal.

En 1472 ce Cher louis XI se rappel au bon souvenir de François. Après avoir envahit la Guyenne et bloqué les Bourguignons chez eux, il met son armée en marche vers la Bretagne. Celle ci en échange de quelques concessions territoriales parviendra à une trêve. Mais 5 ans après, alors que le Duc de Bourgogne Charles le téméraire vient de décédé Louis XI sans tenir compte des dispositions prise par le Duc de Bretagne, tente d’acheter les droits de succession de l’héritière de Penthièvre à laquelle il promet la restitution. Excéder par l’acharnement du Roi de France, François II signe en 1481 un traité officialisant l’alliance perpétuelle entre lui et le roi d’Angleterre, poussant l’entente bien au-delà, il promet de marier sa fille aînée avec le prince de Galles.

L’influence Française est pourtant déjà bien présente en Bretagne, Le chancelier Chauvin est pour un rapprochement avec le Roi de France alors que le trésorier Landais lui prône un rapprochement avec l anglais. Le mal est profond si profond que le conflit sournois qui les oppose tourne finalement en faveur de Landais qui parvient en 1481 à prouver la félonie de son adversaire et à en obtenir l’arrestation. Chauvin périssant en 1484, le trésorier est placé à son tour l’année suivante sous les coups d’une coalition de seigneurs parmi lesquels le moncontourais Pierre Le Mintier, premier du nom, écuyer, seigneur des Granges.
François II ordonne à Pierre de La Motte-Vauclerc de rassembler tous les Bons-Corps de l’évêché de Saint-Brieuc afin de se porter au secours de Landais, réfugié à Nantes. Mais malgré la défense des officiers ducaux, Pierre Landais est enlevé par les troupes franco-bretonnes qui, au terme d’un simulacre de procès, contraignent le duc à prononcer sa condamnation par pendaison en juillet. Politiquement isolé, François II cherche alors de nouveaux alliés et promet ainsi la main de sa fille aînée à l’héritier de son ancien allié bourguignon, l’archiduc d’Autriche Maximilien.

François II se fatigue, cependant il fait  restaurer ses places fortes par prudence. A Moncontour Bertrand de Bréhand de Saint Eloy est gouverneur et capitaine de cent hommes d’armes. Les deux portes, pont levis et pont dormants sont restaurés.

A la mort de Louis XI, rien ne va plus en Bretagne. Les Etats de Vannes sont l’occasion pour Rieux, d’Albret et Françoise de Laval de monnayer leur soumission en réclamant et obtenant trois cent mille livres chacun. Les plus grands seigneurs bretons sont soudoyés par la France, Rieux émargeant annuellement de douze mille livres en 1488, Jean II de Rohan de huit mille six cent livres, Françoise de Laval de quatre mille livres et de nombreux autres rémunérés de trois cent à mille deux cent livres annuelles. Dès 1484, avec l’inertie de la Ligue du Bien Public, les grands vassaux se révoltent contre la France, entraînant ainsi le royaume et ses contrées limitrophes dans la « guerre folle » contre la régente Anne de France (de Beaujeu), à laquelle le duc de Bretagne ne manque pas de participer activement.

Les grands féodaux de la Ligue du Bien Public, Louis d’Orléans, fils de Charles d’Orléans, Dunois, d’Albret, Bourbon, Lorraine, sont réfugiés en Bretagne et intègrent le Conseil ducal où ils acquièrent une place de plus en plus importante, évinçant finalement les seigneurs Bretons. La grogne à l’encontre du duc monte dans le duché, notamment chez la population qui désavoue ces étrangers trop influents qui n’amènent souvent que la guerre. Les grands seigneurs s’opposent encore au retour au Conseil des anciens partisans de Landais pratiquant une politique anti-française. En mars, mettant à profit ce mécontentement général, les Français (représentés par l’archevêque de Bordeaux, André d’Espinay et le sire de Bouchage), soutenus par Françoise de Dinan, rassemblent secrètement les seigneurs déçus à Châteaubriand chez la comtesse où ils leur soumettent au nom de la régente la proposition de fournir six mille hommes afin de chasser les ligueurs réfugiés en échange de la simple reconnaissance de droits sur le duché. Rieux, Laval et Rohan acceptent ainsi que soixante autres seigneurs, trahissant la confiance séculaire des princes bretons qui leur avaient accordés bien des bénéfices. Rohan commandera les troupes françaises, Rieux livrera les cités bretonnes.

La régente dirige sur la Bretagne une armée de quinze mille lances, réparties en trois corps sous les ordres du comte de Montpensier, d’Albon de Saint-André et d’un brillant jeune officier Louis de La Trémoille ; et contrairement aux accords passés, le vicomte Pierre de Rohan, sire de Quintin, n’y commande guère. L’armée française bénéficie de deux bandes d’artillerie de campagne de quarante-trois pièces et huit cent servants pour l’une et de trente et une pièces et deux cent servants pour l’autre, alors que l’armée Bretonne ne compte guère que cent cinquante pièces d’artillerie en piètre état.

Les troupes françaises mènent alors une expédition face à laquelle aucune place ne va résister. Dès les premières semaines, Ancenis puis Châteaubriand et La Guerche, ainsi que Redon et Malestroit, ouvrent leurs portes plus qu’elles ne tombent aux troupes de Pierre de Rohan. Le 1er juin viennent les tours de Ploërmel (dont les trois jours de résistance valent des destructions massives et le pillage), Rohan, Josselin et Pontivy, alors que Vannes succombe le 5, permettant à Rohan de poursuivre en direction de Guingamp, pendant qu’une partie des troupes revient sur Nantes, où le duc est assiégé le 19.

Mais le siège de Nantes marque un tournant dans cette campagne puisque les Français et leurs séides Bretons échouent à toute tentative d’accession, provoquant finalement le mécontentement des officiers. Les Bretons félons, Rieux notamment, sont furieux d’avoir été à leur tour trahis et modèrent leur participation dans les campagnes, provoquant un enlisement du conflit. Les troupes divaguent alors dans le pays et les seigneurs se livrent à des règlements de comptes

C’est au cours du même mois d’août que François Tournemine, seigneur de La Hunaudaye, fils de Pierre Tournemine, reprend Moncontour aux français. Ayant recouvré l’une des principales places de Penthièvre, le duc et le prince d’Oranges entreprennent d’en faire le « pied à terre » des troupes ducales dans l’évêché de Saint-Brieuc. Dans la cité sont dès lors stockés troupes, armes, munitions et ravitaillement. De Moncontour, les espions partent observer les positions adverses, rapportant à leurs supérieurs les informations qui déterminent des actions à mener. C’est sans doute de là que proviennent les troupes qui mettent le siège devant La Chèze sans parvenir à investir la place. D’ailleurs les dissensions sont nombreuses au sein du parti ducal et le nombre des partisans faisant défaut va croissant, à tel point que François II estime que le commandement de l’armée nécessite une recomposition complète.
Le prince d’Orange rassemble ses troupes à Moncontour en décembre et à la fin du mois c’est un impressionnant corps d’armée qui stationne dans la petite cité. François II y rédige le 27 décembre une ordonnance fustigeant les défections à la cause bretonne.

            L’espoir revient aux Bretons avec le ralliement au duc du maréchal de Rieux. Celui-ci, mettant de côté son profond différent avec le Duc et son héritière, prend le commandement de l’armée ducale qu’il réorganise. Il attaque alors les places occupées par l’envahisseur, assiégeant Vannes qui capitule le 3 mars 1488. Au lendemain de ce sursaut Breton, les Français ne tiennent plus que La Guerche, Clisson, Vitré, Dol et Saint-Aubin-du-Cormier. Pierre de Rohan, qui a échoué dans sa tentative de prendre Guingamp, se soumet au duc mais il passe en France où il retrouve le sire d’Avaugour, bâtard du duc.

Pour la campagne qui doit commencer en avril, Anne de France confie à La Trémoille la mise sur pied d’une nouvelle armée de quinze mille hommes dont six mille mercenaires suisses qui se poste aux portes du duché au début du mois d’avril. La Trémoille s’est entouré du suisse Seckendorf, spécialiste des sièges, et de l’Italien Jacopo Galiota. Elle enlève et détruit Ancenis le 19, Châteaubriand le 23, piétine en juin où elle passe par La Guerche et Vitré pour assiéger Fougères qui tombe après une semaine de siège le 19 juillet malgré la défense des trois mille hommes d’armes du gouverneur de la place Jean de Romillé. L’armée de La Trémoille marche alors en direction de Saint-Aubin-du-Cormier.
Commandant l’armée bretonne, le maréchal de Rieux dirige ses troupes vers la place de Saint-Aubin-du-Cormier où les deux armées se rencontrent le 28 juillet 1488. L’armée Française est forte d’environ quinze mille hommes l’armée Bretonne quant à elle se compose d’environ douze mille hommes dont une moitié de bretons et plus de trois cent archers anglais .

Les canons et la tactique des français provoquent la défaite des bretons. Les seigneurs de Léon, de Pont-l’Abbé et de Montfort sont tués comme cinq à six mille fantassins, tandis que les princes d’Oranges et d’Orléans sont fait prisonniers. Le maréchal de Rieux se replie sur Dinan alors que La Trémoille met à profit la déroute des Bretons et l’ascendant psychologique de ses troupes pour mettre le siège devant Rennes. Dinan tombe le 7 août, puis Saint-Malo.

Le duc de Bretagne peut constater que l’Angleterre, en prise à des conflits internes, s’est totalement désistée de ses engagements et réalise que la Bretagne ne peut dans de telles conditions sortir victorieuse de ce nouveau conflit.

Il engage alors des négociations de paix avec la régente qui aboutissent au traité du Verger, signé le 10 août 1488 au Coiron près d’Angers, par lequel le duc de Bretagne s’engage à ne plus disposer de troupes étrangères sur le continent, à ne marier ses filles qu’avec le consentement du roi de France, à abandonner aux français les places-fortes conquises par La Trémoille et surtout de prêter l’hommage lige au roi de France.

Le processus d’union de la Bretagne à la France est irréversiblement engagé.

François II s’estime être le principal responsable de la situation du duché et s’accuse d’être celui qui, par l’échec de sa politique, a condamné la Bretagne de ses ancêtres aux outrages et à la souillure de la France. Voyant son règne s’achever par la capitulation du duché, François II ne résiste pas plus d’un mois à la douleur ; il meurt accablé le 9 septembre 1488. Malo mori quam foedari. Dans les jours qui suivent, conformément au traité, les Français quittent Moncontour.

[quote]Le pouvoir ducal :
L'hommage simple, sans serment de fidélité ni agenouillement. - Le port de la couronne royale (fermée) à hauts fleurons.
- L'affirmation officielle de l'origine divine du pouvoir princier : "duc par la grâce de Dieu".
" le Duc est roi en son duché. "
Refus de l'hommage-lige mais seulement
Notion de lèse-majesté au profit du duc.

"les droits royaux et ducaux"des princes de Bretagne
Ils sont très nombreux. Notons spécialement:

- Le pouvoir de faire des lois et des ordonnances générales : " les Constitutions écrites de Bretagne ".
Le duc intervient dans tous les secteurs : impôts, monnaie, justice, armée, contrôle de l'économie, mesures sociales.
- Le duc prétend exercer en Bretagne tous les droits régaliens : - monopole de la fiscalité
- monopole de la frappe de la monnaie
- autorisation nécessaire pour lever des troupes ou élever des fortifications
- pouvoir de créer des offices et d'y nommer des titulaires
- diplomatie propre, il traite directement avec les Etats étrangers
- sur le plan judiciaire, il s'érige peu à peu en ultime recours pour les plaideurs bretons
- en créant le Parlement souverain de Vannes en 1485, on tranche le dernier lien du duché avec le royaume
[/quote]

[quote]Chronologie
  Début et fin du règne de François II
- 1435 Naissance de François, fils de Richard d’Etampes.
- 1439 Ordonnances dotant le Roi d’une armée permanente composée de compagnies de gens d’armes ( les compagnies d’ordonnances)
- 1440 Révolte des chefs aristocratiques «  la Pragerie » à laquelle le dauphin adhère (futur louis XI).
- 1445 deuxième ordonnance (voir 1439)
- été 1448 les Anglais abandonnent le Maine.
- 1449 les Anglais prennent Fougères.
- 1450 Reconquête de la Normandie : bataille de Formigny.
- 1455 Début de la guerre des deux roses opposant la maison de Lancastre et celle d’York.
- 1456 Libération de Paris.1457 Arthur Connétable de Richemont devient Arthur III Duc  de Bretagne.
- 1458 Mort d’Arthur III, son neveu François comte d’Etampes, de Richemond et de Vertu devient François II Duc de Bretagne.
- 1460 Le pape pie II autorise Le Duc à édifier l’Université de Nantes.
- 1461 décès de Charles VII, couronnement de Louis XI.
- 1465 Assemblé de Tours où le Roi accuse ses vassaux.
- 5 oct. 1465 traité de Conflans
- 29 oct. 1465 Traité de St Maur des fossés
- 28 dec 1465 Traité de Caen
- 1466 Nouveau château à Nantes
- mars 1466 Offensive de louis XI en Normandie
- 1468 Louis XI prisonnier de Charles de Bourgogne à Péronne.
- 1468 Traité d’Ancenis.
- 29 sept 1475 Traité
- 1475 Traité de Picquigny.
- 1477 Charles le Téméraire meurt en affrontant les Suisses.
- 1480 louis XI hérite de l’Anjou.
- 1481 Louis XI obtint la Provence.
- 1482 louis XI obtint par le traité d’Arras la Bourgogne.
- Décès de Louis XI, vive Charles VIII
- 1485 Création du Parlement de Bretagne.
[/quote]

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[image] miniature de jeanne + etendard

[img]http://www.photo.rmn.fr/LowRes2/TR1/1TE9CA/01-013502.jpg[/img]

Numéro d'oeuvre : RMN126703
Cote cliché : 01-013502
N° d’inventaire : AEII2490
Fonds : Miniatures et enluminures
Titre : Jeanne d'Arc
Description : 2e moitié 15e siècle
Auteur : Anonyme
Crédit photographique : (C) Photo RMN - ©Bulloz
Période : 15e siècle
Technique/Matière : enluminure, parchemin
Localisation : Paris, musée de l'Histoire de France

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Aspects de son histoire

[url=http://www.asmp.fr/travaux/communications/2003/contamine.htm]source[/url]
M. Philippe Contamine
Proche et lointaine, Jeanne d'Arc

Academie des sciences morales et politique
séance du lundi 23 juin 2003


« Je regarde Jeanne d'Arc en proie à l'Université »
(Paul Claudel)


Monsieur le Président, Monsieur le Secrétaire perpétuel, mes chers confrères, Mesdames, Messieurs,


Je suis d'autant plus sensible à cette invitation, la deuxième en dix ans de la part de votre Compagnie, qu'au vu du thème de cette année Jeanne d'Arc est le seul personnage retenu qui soit antérieur au XVIIe siècle. Il est vrai qu'elle appartient aussi à l'histoire contemporaine, depuis le XIXe, dès lors que sa figure et son souvenir n'ont cessé d'intéresser, d'intriguer et de fasciner non seulement les historiens mais aussi les poètes et les dramaturges, les peintres, les sculpteurs, les musiciens, les cinéastes, les politiques (tout récemment encore un ancien Premier ministre), en sorte que son image, vénérée, admirée, critiquée, contestée, raillée, est demeurée présente jusqu'à nos jours, non seulement en France mais aussi dans une grande partie du monde. Assez régulièrement, Jeanne d'Arc suscite des interrogations, des polémiques, voire des « révélations » sensationnelles ou incongrues. Assez régulièrement tel amateur en mal de publicité prétend dénicher son armure, retrouver ses reliques ou encore découvrir une fresque ou une miniature du temps censée la représenter. Pour peu qu'on ne soit pas allergique à une certaine sensibilité que je qualifierais de « catholique et française », des formules qu'elle a prononcées ou dictées ou qui lui ont été attribuées chantent encore dans la tête, démontrant que la « Fille Dieu », la « fille au grand coeur », toute jeune et humble paysanne qu'elle fût, ne sachant, de son propre aveu, ni A ni B, ne manquait pas de style et surtout était imprégnée, comme le constatait Bergson, de la plus authentique spiritualité. A ce titre, pas moins de quatre de ses logia (risquons le mot) figurent dans le dernier catéchisme universel de l'Eglise catholique. C'est dire que, bien qu'à un moindre degré qu'il y a un siècle ou un demi siècle, Jeanne d'Arc fait partie de l'historial toujours vivant et visité de notre mémoire. Peut être la plus belle histoire du monde, disait le philosophe Alain  l'une de celles encore que, dans sa vérité et dans sa tragique simplicité, il est profitable et passionnant de raconter aux enfants.


Au sein des multiples aspects de l'histoire de la Pucelle qui retiennent l'attention des spécialistes, six, me semble-t-il, sont notoirement importants :


Comment et pourquoi Jeanne d'Arc a t elle été officiellement acceptée par Charles VII, ce qui présentait, on l'oublie trop souvent, de très gros risques en cas d'échec ?


                                     Jeanne d'Arc en tant que chef de guerre ;


  l'échec de l assaut de Paris, le 8 septembre 1429 - un véritable tournant dans son épopée ;


  les dimensions et les enjeux exacts du coûteux et exceptionnel procès d Eglise qui lui fut fait, des semaines durant ;


  les motifs de l'abandon où Charles VII l'a laissée après sa capture sous les murs de Compiègne le 23 mai 1430 ;


  et, plus radicalement encore, le problème de sa crédibilité : ou bien en effet on admet le caractère divin ou surnaturel de ses Voix et alors on a le plus grand mal à accepter, de nos jours, que le Dieu de bonté (qui n'est plus le Dieu des armées) ait cautionné cette guerrière manifestement exaltée et ait pris parti dans une querelle purement dynastique ou politique, ou bien on ne l'admet pas et alors le recours à l'explication par le dérangement mental, sous une forme plus ou moins accentuée ou atténuée, est inévitable, quitte à ce que l'on s'en tire par quelque artifice poétique, telle George Sand lorsqu'elle écrit : « Le paysan n'a d'autre histoire que la tradition et la légende. Son cerveau n'est pas semblable à celui de l'habitant originaire des cités. Il a la faculté de transmettre à ses sens la perception des objets de sa croyance, de sa rêverie ou de sa méditation. C'est ainsi que Jeanne d'Arc entendait bien réellement les voix célestes qui lui parlaient. C'est être impie envers l'humanité que de l'accuser d'imposture. Elle était hallucinée, et pourtant elle n'était pas folle ». On a beaucoup écrit dans ce registre, avec plus ou moins de pertinence.


Faute de pouvoir traiter ici, même succinctement, chacun des six points en question, ma démarche visera à souligner la difficulté que nous éprouvons, de notre point de vue rationnel et désenchanté, à pénétrer au cSur de la mentalité religieuse et politique du XVe siècle et surtout elle visera à mettre en relief l'étrangeté ou l'altérité de son époque et de son parcours notamment à partir du problème de la prophétie.


Ayant succédé en 1985 à Régine Pernoud en tant que directeur du Centre Jeanne d'Arc d'Orléans et ayant exercé ces fonctions pendant un lustre, j'ai été frappé par deux réactions de la part du public qui le fréquentait à des titres divers : 1° le nombre élevé de ceux qui affirmaient, j'imagine en toute bonne foi, être issus de la famille de Jeanne d'Arc et notamment de son frère Pierre, alors qu'un texte du temps le déclare formellement dépourvu de descendance, et qui me demandaient d'étayer leur conviction (pour l'anecdote, déjà Alfred de Musset avait cette prétention) ; 2° le nombre des habiles ou des semi-habiles, des prétendus réalistes qui refusaient la vérité « officielle » sur Jeanne d'Arc (née à Domremy, peut-être le 6 janvier  jour des rois, jour de l'Epiphanie  de l'année 1412, du légitime mariage de son père l'honnête laboureur Jacques d'Arc et de sa mère la dévote Isabelle Romée, et morte au bûcher de Rouen le 30 mai 1431), voyant dans cette version « autorisée » une tromperie intéressée à l'intention des naïfs, et qui, développant une thèse apparue pour la première fois pendant le Premier Empire, sous la plume de Pierre Caze, sous-préfet de Bergerac, la voulaient née de l union adultérine d'Isabeau de Bavière, reine de France et épouse du malheureux Charles VI, et du frère de ce dernier Louis, duc d'Orléans. Suivie d'un mystérieux transfert en Lorraine, cette naissance illégitime, qui en faisait une « princesse royale », expliquerait notamment la facilité avec laquelle elle put obtenir une audience publique auprès de son demi-frère Charles VII, dans la grande salle illuminée du château de Chinon, sans doute le 6 mars 1429, et les responsabilités militaires qui lui furent alors confiées (somme toute, comme l'a écrit plaisamment une historienne américaine, il fallait cette bâtarde de la maison de France pour convaincre le dauphin que lui au moins n'était pas bâtard). Mais du même coup, poursuivent mes interlocuteurs, il est impensable que Charles VII l'ait abandonnée à son triste sort, si bien qu'il y aurait eu à point nommé une discrète substitution, avec la complicité bien sûr des Anglais, et qu'une inconnue aurait péri à sa place, le visage dissimulé (« enbronché », comme les pleureurs du tombeau de jean de Berry) sous un capuchon. Aussi bien (et le fait, cette fois, est avéré), pendant quelques années, on la suit à la trace  mariage et maternité compris  en Lorraine et ailleurs sous le nom de Claude ou de Jeanne-Claude des Armoises. Une parenthèse ici : si, en toute honnêteté, il n'existe pas pour l'historien de métier l'ombre d'une preuve de la naissance royale de Jeanne d'Arc, en revanche, il est de fait que l'apparition d'une soi-disant Pucelle à Cologne puis à Metz en 1437 suscita un fol espoir de la part de nombre de ses anciens partisans (en gros les Français du royaume de Bourges, y compris ses propres frères, sans doute mécontents de l'oubli où ils étaient tombés et qui la reconnurent alors formellement). Ces « bons et loyaux Français » ne pouvaient se résigner à sa condamnation et à sa fin, ignominieuses dans le contexte du temps, et ce sont les adversaires de Jeanne d'Arc (les Anglais et surtout les Bourguignons) qui se gaussèrent de la naïveté des « survivantistes », prompts à prendre leurs désirs ou leurs regrets pour des réalités. L'affaire doit être comprise dans la thématique de la survivance imaginaire des grands personnages, dont on connaît d'assez nombreux exemples dans l'Histoire, tels Alexandre le Grand, Frédéric Barberousse, Baudouin de Flandre et Charles le Téméraire.


Il n'empêche que la réaction de mes interlocuteurs sceptiques ou décillés était en soi éclairante : comment admettre en particulier la facilité d'accès de Jeanne auprès du « gentil dauphin », comment admettre qu'elle se soit montrée si à l'aise, plusieurs mois de suite, à la cour de France, encourageant son « beau duc » jean d'Alençon, rabrouant le terrible Arthur de Richemont, connétable de France, prodiguant des conseils et des avis aux uns et aux autres avec une autorité, je dirais un aplomb susceptible, à bon droit, de dérouter nos contemporains ? Comment l'admettre sinon précisément en essayant d'appréhender les conditions originales de la vie politique à la fin du Moyen Age ? Même les prophètes avaient leur place au sommet du pouvoir, tutoyant au besoin  ainsi l'aurait fait Jeanne d'Arc  la majesté royale.


L'historien se doit de travailler sur des sources, quelle que soit leur nature, et de les étudier de la façon la plus critique et aussi la plus éclairée possible. Il se doit de n'en laisser de côté aucune et de les mettre en perspective, ce qui n'est pas toujours facile, surtout dans le cas qui nous retient tant il comprend de textes complexes, d'un maniement malaisé, et tant il y a chez lui un caractère d'unicité.


Or, le corpus des documents contemporains sur Jeanne d'Arc parvenus jusqu'à nous, qu'ils aient été produits de son vivant ou bien après sa mort (je m'arrête, par commodité, à la fin du XVe siècle), ne laisse pas d'être impressionnant, toutes proportions gardées : de savants traités en latin, des poèmes en latin et en langue vulgaire, des correspondances, des textes narratifs, des documents de caractère financier ou administratif, quelques images, et surtout les actes des deux procès, celui de condamnation (1431), et celui dit de justification, de réhabilitation, ou de nullité de la condamnation (1455 1456).


Ce corpus, pour ne parler que des sources écrites, a été exhumé, rassemblé et imprimé progressivement. Dès le début du XVIIe siècle, Edmond Richer, docteur en Sorbonne, en connaissait déjà une bonne partie comme en témoigne son recueil longtemps manuscrit Histoire de la Pucelle d'Orléans réunissant une Vie de Jeanne d Arc, le Procès, la Révision du procès et les Témoignages en faveur de la Pucelle. Au milieu du XVIIIe siècle, voici le « laborieux compilateur », doté, je cite, d'une « grande érudition mais de peu de goût et de critique » que fut l'abbé Nicolas Lenglet-Dufresnoy. Puis la Restauration et la Monarchie de juillet enrichirent encore le dossier, grâce à des documents conservés et produits en France mais aussi hors de France, notamment en Allemagne. Cet ensemble se trouve commodément et admirablement rassemblé dans les cinq volumes, d'environ 500 pages chacun, de Jules Quicherat publiés par la Société de l'histoire de France entre 1841 et 1849 sous le titre Procès de condamnation et de réhabilitation de Jeanne d Arc dite la Pucelle publiés pour la première fois d'après les manuscrits de la Bibliothèque nationale suivis de tous les documents historiques qu'on a pu réunir et accompagnés de notes et d'éclaircissements. A l'évidence, chacun des mots de ce long titre a son importance.


Mais depuis le milieu du XIXe siècle et jusqu'au début du XXe, les découvertes n'ont pas manqué, mineures ou majeures, la plus significative à mes yeux étant les lettres que des marchands vénitiens installés à Bruges et à Avignon expédièrent à l'intention de la Sérénissime au moment même où se déroulait l'épopée johannique. Les échos et les rumeurs qu'ils rapportent sont proprement fascinants. De plus, Quicherat et ses continuateurs étaient surtout attachés aux faits, dans un louable esprit positiviste, en sorte qu'ils négligèrent délibérément, tout en les ayant parcourus, beaucoup des mémoires produits par différents hommes d'Eglise notamment lors du procès de justification au prétexte que ces mémoires étaient essentiellement des réflexions ou des commentaires sur des faits déjà cités dans les procès. Ils étaient dès lors réputés n'apporter rien de neuf. Aujourd'hui, on restitue à ces commentaires toute leur importance, toute leur portée, dès lors qu'on a renoncé à procéder à procéder à la synthèse idéale des documents sur Jeanne d'Arc en vue de parvenir à une biographie parfaite mais qu'on tente de connaître les différentes façons, souvent contradictoires, dont les contemporains ont compris Jeanne d'Arc, leurs réactions à son égard, si bien que chaque source, surtout narrative ou littéraire, compte pour elle même, est porteuse de son propre message. Il faut s'y résigner : tout en demeurant soucieux de vérité objective et factuelle dans de nombreux domaines, l'historien, du moins l'historien de Jeanne d'Arc, se veut surtout un lecteur, un glossateur, un commentateur. D'un siècle à l'autre, ses ambitions se sont réduites.


Suite au travail patient de générations d'érudits, sauf miracle ou exceptionnelle bonne fortune, la probabilité est qu'en fait d'inédit on ne trouvera plus, directement sur Jeanne d Arc, là encore avant 1500, que des broutilles. Notamment, il n'y a pratiquement pas d'espoir de découvrir le fameux registre de Poitiers, auquel la Pucelle fait allusion dans son procès, où étaient transcrites les questions qui lui avaient été posées par une commission ad hoc et les réponses qu'elle avait formulées (mars avril 1429).


Bien sûr, depuis trente ans et plus que je fouille les archives et les bibliothèques, J'aurais aimé apporter ma propre pierre, même modeste, à l'édifice du corpus johannique. Tout ce que J'ai pu faire, c'est de fournir une édition plus complète d'un compte du duché de Bretagne où l'on voit le duc jean V, aux aguets, lui et sa chancellerie, alors qu'il reconnaissait officiellement Henry VI Lancastre comme roi de France et d'Angleterre, envoyer à Reims à l'occasion du couronnement de Charles VII une véritable ambassade, composée d'un grand seigneur de sa cour, de son argentier, de son confesseur, de son héraut d'armes, et offrir en cadeau à la Pucelle, pour l'amadouer, des chevaux d'armes et des haquenées ainsi qu'une dague. Manifestement on savait en Bretagne qu'elle appréciait ce genre de don. J'ai mis également en vedette un passage inédit de la Chronique latine de Jean Chartier (identifiée comme telle par Charles Samaran) où il est dit au sujet de son procès : « Ils [les Anglais] l'anéantirent par le feu sans qu'elle proteste ni ne S'insurge, se montrant au contraire obéissante comme l'agneau à leurs ordres très mauvais [on songe bien sûr à Isaïe 53,7], après qu'ils se furent moqués d'elle très longtemps, tout comme Anne et Caïphe traitèrent le Christ de façon honteuse ». Le rapprochement des deux procès mérite attention.


Mais puisque tout compte quand il s'agit de Jeanne d'Arc, je citerai, communiqué par un collègue anglais, cet acte de Henry, roi de France et d Angleterre, donné à Rouen le 30 août 1430, où il est fait mention, entre autres, de 600 livres que lui avança son grand-oncle le cardinal d Angleterre Henri Beaufort « pour aidier a paier les dix mil livres tournois pour ravoir Jehanne la Pucelle » : ainsi, à cette date, non seulement elle n'est pas encore cette « désordonnée femme, sorcière, idolâtre et hérétique » qu'elle devait bientôt devenir au jugement des Anglais, mais encore, dans ce document à usage interne, elle n'est pas non plus « Jehanne la Pucelle que l'en dit estre sorcière, personne de guerre conduisant les ostz du Daulphin » telle qu'on la présenta aux Normands pour mieux les convaincre de payer l'impôt de 10 000 livres destiné à son achat à jean de Luxembourg. Autre menue découverte d'une historienne d'outre-Manche qui a bien voulu me la communiquer, le compte de John Hotoft, garde de la garde-robe de l'hôtel de Henry VI « A Richard Hidlowe et à 47 garçons et pages de divers offices de l'hôtel du dit roi chevauchant avec le susdit coffrier Jean Bruyse par l'avis du conseil du roi de Rouen en Picardie pour conduire jusqu'à Rouen Jeanne appelée la Pucelle ». C'est donc une robuste escorte anglaise qui réceptionna Jeanne jusqu'alors aux mains des Bourguignons. Manifestement, on craignait un enlèvement de la part des Français.


Je signalerai aussi l'apport, en deux temps (1942 et 1968), grâce au dominicain Antoine Dondaine, complétant un dossier ouvert à la fin du XIXe siècle par Léopold Delisle. Il s'agit du récit d'un autre dominicain Jean Dupuy, évêque de Cahors, qui, installé à Rome, entendit parler de la Pucelle en avril mai 1429. De son texte j'extrais le passage suivant : « La dite Pucelle demanda au roi de France de lui faire un don. Le roi le lui promit. Et elle lui demanda de lui donner son royaume. Etonné, au bout d'un certain temps, le roi le lui donna. Elle l'accepta et voulut que des lettres fussent rédigées par quatre secrétaires du roi et qu'elles fussent lues solennellement. Cela fait, le roi demeura quelque temps dans la stupeur. Et elle dit à l'assistance : « Voici le plus pauvre chevalier de son royaume ! ». Et, après un petit peu de temps, devant les dits notaires, elle même comme donataire du royaume de France le remit au Tout Puissant. Après un autre Intervalle de temps, sur l'ordre de Dieu, elle investit le roi Charles du royaume de France. Et de toutes ces choses, elle voulut que des lettres fussent faites solennellement ». Scène étrange, qui a tout l'air d'une fable. Aussi bien, les lettres ont-elles disparu, si tant est qu'elles ont jamais existé. Mais l'important Ici est que Dupuy ait tenu à raconter l'anecdote, car il la tenait pour vraie et pour édifiante, exprimant non seulement l'extraordinaire ascendant de Jeanne mais aussi l'essence de ce qu'on pourrait appeler sa philosophie politique : le roi (de France) comme un vassal investi par Dieu de son fief, grâce à l'entremise de la Pucelle.


Mais peut-être la plus belle découverte, publiée et traduite en 1996 1998, est-elle due à notre collègue Patrick Gilli. Il s'agit de la lettre à la louange de Jeanne d'Arc écrite en latin par un humaniste italien anonyme, peut-être un clerc milanais à l'automne 1429, avant que ne soit connu au-delà des Alpes l'échec de Jeanne d'Arc sous les murs de Paris. Cette lettre, dont la tonalité est proche celle du fameux Dictié que Christine de Pizan composa à l'extrême fin de sa vie alors qu'elle était retirée en pleine France anglais, au monastère des dominicaines de Poissy, mérite qu'on s'y arrête car elle nous introduit au cSur de toute une interprétation maximaliste du dessein de Jeanne d'Arc que les historiens ont longtemps négligée, sinon passée sous silence, parce que trop éloignée de nos préoccupations prosaïques.


La Pucelle y est présentée comme une preuve majeure de l'existence de la divine Providence, destinée à remédier aux dissensions humaines. Que tous les peuples, est-il dit en substance, accueillent la Pucelle de France et l'applaudissent. Supérieure à Clélie la Romaine et à Penthésilée, reine des Amazones, elle seule a su restituer un royaume que Dieu protège plus que tout autre. Auparavant, Paris était la ville glorieuse entre toutes, prospère et rayonnante. Les Italiens notamment y étaient bien accueillis. Mais l'orgueil des princes français a été vaincu par les Anglais, le roi de France est tombé sous leur domination, sa fille fut donnée en mariage à l'Anglais [Henry V], et son fils, aujourd'hui roi, fut déclaré adultère par sa mère [telle était la version qui courait, de façon plus ou moins souterraine]. « Alors, vierge heureuse, tu survins », tu as rendu au roi son royaume, sans avoir tremblé en écoutant les voix angéliques qui s'adressaient à toi ». Comme J'aimerais connaître leur message, les secrets qu'ils t'ont révélés. Aussi, Charles, appuie toi sur cette jeune fille, applique toi à satisfaire la volonté divine. Et vous Anglais, déposez les armes. Quant à toi, ô Philippe, duc de Bourgogne, rallie-toi à cette jeune fille, aide ton parent [Charles VII] à retrouver sa dignité.


Tout ce développement est attendu, même s'il ne laisse pas de surprendre de la part d'un neutre, qui aurait pu ou dû davantage prendre ses distances dans cette querelle franco-anglaise et aussi franco-française. Mais le texte va plus loin. Reprenant un thème messianique que l'on peut suivre à travers le XIVe siècle, il fait allusion aux trois choses devant être accomplies (factura) par elle (il n'est pas expressément parlé de prophétie) : chasser les Anglais, agrandir le royaume de France jusqu'à le rendre plus étendu que l'ensemble de la Gaule, constituer de l'Océan aux Indes un seul empire soumis au pouvoir d'un seul homme ou du moins aux lois d'un seul régime. Ainsi l'Italie et l'Eglise de Rome seront fortifiées, les Massagètes [un peuple scythe de l'Antiquité : faut-il comprendre les Tatars, les Turco-Mongols, à la limite l'ensemble des Infidèles ?] seront ramenés à la foi chrétienne, tu restitueras à la paix et à la liberté les monuments asiatiques de notre bienheureux salut [allusion à la délivrance de Jérusalem et de la Terre sainte]. Toi, roi Charles, mets à profit la couronne que te redonne une majesté venue d'en haut, vous Parisiens, recevez votre roi dans toute la gloire de ses ancêtres, accueillez-le avec les fleurs de lis. Et toi, vierge, responsable d'un si grand fait (tanti facti dux), sois heureuse de notre lettre [peut-être celle-ci lui fut-elle donc réellement adressée], tes actions futures rendront célèbres et toi et la lettre. Amen.


Il est probable que Jeanne d'Arc fut mise au courant par son entourage de la mission universelle, de portée presque eschatologique, qui lui était ainsi attribuée et nous savons d'autre part que l'idée de croisade ne lui était pas étrangère. Toutefois, il n'est pas vraisemblable qu'elle ait pris cette mission à son compte, il est encore moins vraisemblable qu'elle ait au départ formulé sa propre mission en ces termes. Son arrivée fulgurante et un temps triomphante sur la scène publique de l'histoire, en mars 1429, fut aussitôt orchestrée par la reprise à son profit de tout un ensemble de prophéties attribuées à la Sibylle (d'où par exemple le surnom de Sibylle française qu'un clerc du diocèse de Spire lui attribua alors), à Bède, à Merlin, mais il semble bien que les prédictions qu'elle exposa à Charles VII, à charge pour elle de les mettre en Suvre et de les réaliser  prédictions qui, mystérieusement, emportèrent la conviction du roi  aient été beaucoup plus réalistes et accessibles : faire lever le siège d'Orléans (tel devait être son premier « signe »), mener Charles à Reims pour qu'il soit sacré et couronné, délivrer le duc Charles d'Orléans, prisonnier en Angleterre depuis 1415 (par voie d'échange ?), enfin ou bien reprendre Paris ou bien, de façon plus large, « bouter » les Anglais hors d'un royaume qui ne leur appartenait pas. Il y avait donc un décalage entre la propre vision de la Pucelle, qu'elle affirmait tenir de Dieu et de ses messagers, et tout ce qui lui était attribué par la commune et irrationnelle ferveur d'un peuple brusquement passé du désespoir à l'espérance.


Le fait est que les gens d'Eglise qui, sous l'autorité de l'archevêque de Reims et chancelier de France Regnault de Chartres, entouraient Charles VII furent assez embarrassés par cette prophétesse qui risquait de n'être au bout du compte qu'une devineresse exaltée ou déséquilibrée (il n'en manquait pas à l'époque, de tous bords), qu'une illuminée plutôt qu'une inspirée. D'où, alors même qu'Orléans pouvait tomber du jour au lendemain et donc qu'il y avait urgence, le long, pesant et pressant interrogatoire de Poitiers, accompagné par un examen rigoureux et méfiant, par des hommes et par des femmes, de son comportement quotidien, de jour et de nuit. La conclusion des docteurs, au terme de cette « épreuve », de cet « espionnage », prit la forme de ce qu'on pourrait appeler un communiqué de presse largement répandu où il était dit en substance que tout était recommandable chez elle et que le roi pouvait et même devait s'en servir sous peine d'être ingrat envers la Providence. Classiquement, les experts de Poitiers avaient appliqué à son cas la parole de l'Ecriture : « N'éteignez pas l'Esprit, ne méprisez pas les prophètes mais éprouvez tout et retenez ce qui est bon », « de peur d'être trouvé un jour vous aussi luttant contre Dieu ».


Je ne crois pas que l'on puisse comprendre Jeanne d'Arc, dans son action et avec le rayonnement qui émanait de cette personnalité d'exception si l'on oublie qu'elle était vue (ou plutôt qu'elle se voyait elle même) comme une prophétesse, qu'on lui appliquait avec plus ou moins de bonheur un certain nombre de prophéties qui couraient de par le monde.


Je ne crois pas que l'on puisse comprendre Jeanne d'Arc si l'on oublie que le royaume de France était alors réputé le saint royaume de France (comme on parlait du Saint Empire), que ses rois  les rois très chrétiens  et son peuple étaient perçus comme protégés par le Ciel, bénéficiant de sa part d'une bienveillance spéciale, et que, pour une grande partie des gens, en France et, nous venons de le voir, hors de France, le traité de Troyes de 1420, qualifié par ses partisans d' « amoureuse, raisonnable et profitable paix », qui prétendait transférer la couronne de France à Henri V et à ses descendants (un seul roi pour deux couronnes et deux royaumes et deux peuples d'égale dignité) n'était qu'un leurre et signifiait en fait le « honteux » asservissement du royaume de France au royaume d'Angleterre et la disparition du patrimoine spirituel qui, de longue date, était attribué ou assigné à la France au sein de la chrétienté.


Je ne crois pas que l'on puisse comprendre l'acceptation par Charles VII et de ses conseillers, quel que soit leur réalisme politique du moment, de la mission dont Jeanne d'Arc se disait porteuse si l'on omet l'angoisse religieuse, eu égard à la « grande pitié du royaume de France », dans laquelle beaucoup vivaient et l'idée que Dieu, après avoir autorisé les Anglais (le thème classique du fléau de Dieu) à châtier son peuple pour ses péchés et les péchés de ses princes, avait apaisé sa colère et était décidé, par des voies mystérieuses ou déroutantes, à le sauver in extremis. Quelque part dans leur tête, l'énigmatique Charles VII et même le cynique Georges de La Trémoille avaient intériorisé ce schéma (le grand mythe médiévale selon Michelet) : après la Passion, la Rédemption, ou plutôt la Rédemption par la Passion.


Or Jeanne d'Arc, par des prophéties pour une fois réconfortantes (car, à travers l'histoire du christianisme, beaucoup de prophètes furent des prophètes de malheur) annonçait les prémisses d'une sorte d'âge d'or. D'où la ferveur dont elle fut un temps entourée, bien au-delà de ses réussites militaires. D'où aussi la terrible désillusion de ses partisans lorsqu'il s'avéra que Paris ne serait pas repris : pourquoi cette fois ses prophéties ne s'étaient-elles pas vérifiées ? N'étaient-elles que des paroles d'encouragement comme tout capitaine en adresse à ses troupes ?


D'où le sort réservé au problème des prophéties lors du procès de condamnation. Au sein des soixante dix chefs d'accusation adressés par le promoteur Jean d'Estivet à l'encontre de Jeanne d'Arc, sept sont relatifs à cet aspect. La conclusion des juges de Rouen fut nette . Elle n'était pas une prophétesse mais une « devineresse », de surcroît « présomptueuse et superstitieuse », avec ce que ces mots impliquaient d'orgueil, d'imposture et de rapport avec la magie.


Tout cela explique aussi que les libelles rédigés lors du procès de sa justification ne purent passer cette dimension sous silence, car elle ne manquait pas d'être embarrassante dès lors qu'à l'évidence plusieurs de ses prophéties ne s'étaient pas réalisées, du moins de son vivant. D'où la mise au point, théologiquement impeccable, du grand inquisiteur de France le dominicain jean Bréhal : de ce que certaines des prédictions de Jeanne ne se réalisèrent pas, on ne doit tirer aucune conclusion négative. Car des distinctions sont ici possibles ou nécessaires : lorsqu'on est mû par l'esprit prophétique, alors la prophétie se réalise infailliblement, mais lorsqu'on est, à son insu, le prisonnier d'un secret instinct, la prophétie est imparfaite. Et d'ailleurs Grégoire le Grand n'a-t-il pas écrit : « Parfois l'esprit de prophétie manque aux prophètes » ? Peut être la Pucelle a t elle prédit des choses qui ne sont pas arrivées ou qui sont arrivées différemment de ce qu'elle avait annoncé, mais il en a été de même pour des saints reconnus et pour d'authentiques prophètes.


J'arrête là mon propos qui vise simplement à mettre en garde contre un certain réductionnisme des historiens, tentés de gommer ces phénomènes extraordinaires, merveilleux, miraculeux, faute de pouvoir les intégrer dans leurs catégories néo-kantiennes puisque presque tous désormais, croyants et non croyants, admettent que « ni le miracle ni l'intervention divine ne sont des causes qui puissent avoir valeur explicative dans le cadre de l'histoire » (Marc Venard). A cet égard le cas de Jeanne d'Arc est exemplaire, déroutant, d'une étrangeté radicale, il nous paraît être issu d'un autre monde, mais il n'est pas unique, tout au long de la période médiévale : après tout, comment comprendre François d'Assise si l'on met de côté sa stigmatisation et bien d'autres miracles rapportés par ses Legendae ?

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[liste] des Auteurs et ouvrages favorable a une naissance Royale

JEANNE ET SES VOIX
(La vérité sur la Pucelle d'Orléans)

Auteur : André Wautier
194 pages, 10 illustrations
ISBN : 2-8914-5040-X

Docteur en droit, passionné d'Histoire et féru de parapsychologie, André Wautier était particulièrement bien placé pour traiter de cette énigmatique « affaire ». Démêlant soigneusement la légende de la réalité, l'auteur n'a voulu retenir, dans l'abondante documentation traitant de l'épopée de Jeanne, que ce qui est absolument incontestable ou à tout le moins hautement vraisemblable. Il s'est appuyé avant tout sur les pièces des trois procès dont la Pucelle d'Orléans fit l'objet : le procès ordinaire et le procès de relapse en 1431 ; enfin le procès de réhabilitation, de 1452 à 1456. Car ces pièces sont, avec les chroniques de l'époque, les principales sources de l'histoire de celle qui est généralement appelée, à tort, Jeanne d'Arc.

Plus que la vrai nature de ses voix, c'est la véritable identité de Jeanne qui soulève le plus de questions : faisant justice de la légende merveilleuse de l'humble bergère envoyée par Dieu pour sauver le Royaume de France, légende systématiquement entretenue pour servir les intérêts politiques et religieux, cet ouvrage dont la rédaction s'est étendue sur près de trente ans démontre que Jeanne ne pouvait être que de haute naissance et même de naissance royale...

Ainsi seulement s'expliquent nombre d'anomalies dans la vie de la Pucelle — qui fut sans doute aussi initiée aux secrets des Templiers — et d'irrégularités dans les procédures qui aboutirent à sa condamnation, jusqu'à son exécution sur le bûcher de l'Inquisition qui est fortement sujette à caution...
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